Ils ont fait vivre le site pendant les deux ans d’occupation temporaire. Ils repartent chargés de souvenirs et d’anecdotes sur l’Autre Soie. Nous avons interrogé Michelle, directrice artistique de Systèmes K sur son expérience de l’occupation temporaire du bâtiment patrimonial.

Comment avez-vous vécu votre arrivée et votre intégration au lieu ? 

Michelle : Enthousiasmante, excitante. De par le lieu, le bâti qui est magnifique, mais aussi par le fait de vivre au quotidien avec d’autres structures. Sur ces deux ans, nous avons beaucoup travaillé et créé, nous avons rencontré de nouvelles personnes, monté deux spectacles. C’était très enrichissant de vivre avec autant d’équipes différentes. Et puis il y a une gouvernance intelligente, donc peu de conflits, ce qui a permis des rencontres, des mélanges, des projets… Le projet de l’Autre Soie est très excitant et a du sens.

Que retenez-vous de votre position au sein des initiatives collectives de l’Autre Soie ? 

M : Beaucoup de velléités. Je suis de bonne constitution, quand j’ai le temps, je donne tout ce que je peux, je suis disponible et j’essaie de participer au maximum, même en débordant. Mais c’est quelque chose qui est spontané. Les calendriers étant très compliqués, j’ai aussi eu du mal à suivre les réunions régulièrement. Mais je reste très intéressée par l’aspect collectif et la question du vivre ensemble.

Qu’est-ce que l’occupation temporaire vous a permis d’inventer qui n’aurait pas pu se faire en d’autres lieux ? 

M : Beaucoup de choses, je suis venue spécifiquement pour ça, dans un endroit où il y avait tout à inventer. La création artistique que je mène ne pourrait pas se faire ailleurs.

Quels sont les temps partagés qui vous ont le plus marqués durant l’OT et pourquoi ? 

M : Les petits déjeuners, je trouve que c’est un bon moment dans la journée, ou les apéros dans le parc (rires). Même si les bonnes intentions pour se réunir se sont essoufflées, elles sont pour moi essentielles.

Qu’est-ce que vous retiendrez à titre personnel de l’occupation temporaire ? Un souvenir à partager ? 

M : Le mélange de publics. Le truc fort, c’est la rencontre entre tous ces gens vraiment étonnants, qui rendent les choses possibles. Mais aussi les festivals. Quand tu arrives à jouer, que tu partages avec les gens, que tu es arrivé au bout de quelque chose. Il y aurait beaucoup à dire.

Selon vous, quels sont les ingrédients nécessaires pour une occupation temporaire réussie ?

M : Ces ingrédients là, on y est dans l’occupation temporaire réussie (rires). Non, il ne faut pas chercher la perfection. On en parlait hier avec ma fille qui fait du cinéma et y’a quelqu’un qui dit : “l’acteur n’est jamais mauvais, c’est le metteur en scène qui est mauvais”. Je pense que dans le projet de départ, il y a un état d’esprit particulier qui est une espèce d’étoile filante. Je pense que cela vient de comment le projet est pensé au départ. Et pour l’Autre Soie, le projet a été bien pensé, même s’il y a pleins de choses qui ne vont pas, et heureusement d’ailleurs. Cela veut dire qu’on est ouvert à la critique, qu’on est prêt à se remettre en cause et à prendre des risques. Il y a quelque chose qui se fait ici sur ce territoire, dans ce bâtiment qui a cette histoire particulière, avec ces gens là et c’est unique.

De quelle manière pensez-vous avoir laissé votre trace dans le projet de l’Autre Soie ?

M : J’en sais rien. J’ai déjà laissé les chrysalides (rires). Oui, j’ai sûrement laissé des traces d’individus à individus parce que j’ai noué des relations fortes, mais il faut demander aux autres.

Comment avez-vous vécu votre départ de l’Autre Soie ? Aviez-vous une attache pour ce lieu patrimonial ? 

M : Oui nous avions une attache à la magie du lieu, à cet espace, à ces murs, aux graphs, qui sont le témoignage de multiples événements. Nous avions très peur du déménagement. J’ai déménagé le dernier jour, mais en fait il y a eu une belle synergie. On s’est entraidé. Et puis l’espace ici se vit très bien. C’est sûr qu’on est un peu moins nombreux et que le lieu est plus conventionnel mais on a de la place et il fait chaud, même trop parfois (rires). C’est vrai que c’était “violent”, il y avait un côté un peu triste, mais contrairement à ce que je pensais c’est pas resté si longtemps que ça, le côté triste. Il y a quelque chose, une âme qui est partie avec le déménagement.

Selon vous, dans quelle mesure ce temps court de l’occupation temporaire aura une influence sur vos projets à long terme ?

M : Avoir un endroit où tu peux bouger comme tu veux, réfléchir à comment tu bouges et que tu sais que tu vas être encore là dans un an, ça structure le processus de réflexion. Et même ça déstructure certains trucs aussi. Parfois, il y a des schémas toxiques, et d’être installé à l’Autre Soie, avec ce nouveau quartier bien ancré dans le territoire et qui fait bloc, ça permet d’avoir la stabilité nécessaire pour fouiller ses imperfections et ses constructions. Pour un artiste, être installé sur un territoire, c’est de toute façon bénéfique.

Comment les transformations majeures (urbaines et sociales) du quartier vous ont-elles marqués pendant l’occupation temporaire ? 

M : Nous on travaille justement sur la transformation urbaine. Quand on est arrivé fin 2017, nous avons fait un repérage aux Brosses et il n’y avait pas de chantier aux brosses. Il y a eu quelques transformations mais sans impact pour nos activités. Moi personnellement j’en aurais voulu plus mais c’est maintenant que ça arrive.