Balade urbaine n°6

5 Avril ,

Balade au parc de la Tête d’Or, un moment pour se vider l’esprit…

il fait beau, le vent nous décoiffe…

Comme chaque fois les balades sont un moment pour se connaitre, pour discuter et pour se sentir libre de dire ce qu’on veux. Les discours qu’on tient ici, en marchant, sont très différents de ceux au sein du foyer qui sont parfois ciblées et limitées. A l’intérieur les hébergés ne savent pas trop qu’est qu’ils peuvent dire et comment surtout avec nous de Palimpseste, alors que dehors… dehors c’est la liberté! On est presque égaux, avec des parcours différents mais on est tous des migrants. On marche et on parle, on n’est pas forcé de se regarder dans les yeux, on regard tout simplement la route devant nous, on regarde où on va parfois en trainant un peu de passé dans les mots.

Aujourd’hui  c’est H.H. qui prend son temps pour discuter avec moi. Un eritrean qui est en France depuis le mois d’août, il est passé par l’Italie (lui aussi) où il est resté 5 ans.

Tu connais l’Erythrée? c’est une colonie Italienne, elle était italienne à l’époque de Mussolini.

Cette phrase il me la répète plusieurs fois, je commençait à penser qu’il était un adepte du fascisme mais heureusement il m’explique, à la fin de la balade, que beaucoup d’Italiens ne le savent pas et qu’il se sent presque obligé de le répéter.

Il parle bien italien, ses grand parents en effet ne parlaient que italien et ses parents aussi.

On se retrouve à parler de ceux qui sont obligés de travailler dans les champs de tomates en Italie, il me dit que lui aussi il est passé par là, il a tenu 3 jours après il est parti

Ils viennent te chercher et t’amènent dans le champs. Tu dors là bas, tu mange là bas, tu manges les mêmes tomates que tu as recueilli… je suis resté peu de temps parce que après je suis parti je n’en pouvais plus. Quand je suis revenu j’ai dormi 3 jours.

Il me dit qu’il est un peu déçu, il a fait des études et ses diplômes ne sont peut être pas valables ici et il faut qu’on lui envoie de son pays, ce qui parait l’effrayer encore plus. On change de discours et il me parle de ses amis de combien c’est important pour lui de nouer des liens.

On continue à marcher…

Devant l’enclos des crocodiles un afghan me raconte de son pays, avec quelques mots qu’il connait en anglais et en français: chez lui il y a beaucoup de crocodiles mais pas de girafes, d’ailleurs c’est la première fois qu’il en voit une en vrai.

On s’arrête enfin sur un banc, on prend notre temps pour une pause, un petit gouter… on ne perd pas l’humour, malgré les barrières linguistiques pour certains d’entre nous les rires sont contagieux et universels.

La journée c’est vite achevée. C’est toujours la même chose, lorsque la compagnie est bonne le temps passe très vite!

 

L.B.

2017-11-22T17:12:12+00:00 avril 18th, 2017|Categories: Acte 1, Balades urbaines, Carnet de bord|0 Comments