Entretien avec Magalie Rastello

Le carré de Soie : un quartier multiple et mouvant

Nous revoilà pour une nouvelle année avec le CCO, et pour commencer celle-ci, je voulais revenir sur le projet  signalétique. Ce projet a pour but de penser un parcours urbain reliant le patrimoine au quotidien des personnes investissant le quartier en passant par une signalétique adapté. Lors du festival de l’Aventure Ordinaire, nous avons participé à un premier atelier ouvert au public pour réfléchir à une signalétique autour du patrimoine de l’ensemble industriel Cusset Tase ou plus généralement à ce qu’on appelle le « Carré de Soie ».

On a décidé d’aller discuter avec la designer en charge de ces ateliers : Magalie Rastello, pour voir avec elle plus précisément en quoi ils consistent et comment y inclure les habitants du quartier. Elle côtoie le quartier à travers différents projets (comme le projet Audioscope qui visait à garder une trace audiovisuelle du passage de migrants au Centre d’accueil et d’Orientation) et elle est en collaboration avec différentes associations depuis près de 15 ans. Avec elle, j’ai pu discuter plus longuement de sa vision du quartier mais aussi des évolutions de celui-ci.

Tout au long de notre entretien ce qui est ressorti c’est le caractère mouvant et multiple du quartier qui depuis une quinzaine d’année est en constante évolution. Ainsi que ce soit pour notre groupe qui ne le connaît que depuis quelque mois ou pour Magalie qui y travaille par intermittence depuis plusieurs années, il reste complexe d’autant plus si l’on veut le comprendre dans sa totalité. Ce qui n’est peut-être pas si pertinent ?

“Au final ce qui est assez dingue c’est que le quartier évolue tout le temps et il s’échappe toujours, malgré tout ce que j’ai pu faire et voir j’ai pas l’impression de pouvoir l’attraper dans sa globalité, de pouvoir l’enfermer dans une case […] il reste dans une pluralité de lieu, d’atmosphère…” (Magalie Rastello)

On peut même se demander s’il n’existe pas plusieurs îlots voire quartier dans cet ensemble, chacun ayant sa spécificité, sa personnalité et son histoire.

“dans une étude d’usage sur la vie nocturne et l’éclairage dans un quartier à Saint-Etienne qui était compris comme un quartier. On avait identifié au moins 5 sous-quartiers. Pour les habitants et usagers c’était pas une unité, c’était pas des sous-quartiers. Ce qu’il y a, c’est que l’unité quartier c’est pratique pour les urbanistes […] mais en termes d’usage et de vie, elle est très artificielle cette notion” (Magalie Rastello)

Finalement cet entretien a permis de discuter de la notion de quartier en tant que tel. Effectivement, qui définit un quartier ? Ses limites ? Qui a besoin de son existence ? Bien souvent on voit une différence d’espace entre les limites posées par les organismes urbains et les habitants dans leurs usages quotidiens. En effet il n’y a pas de définition fixe d’un quartier, selon le dictionnaire Larousse nous pouvons trouver 3 définitions de ce qu’est un quartier :

  • Tout d’abord il le définisse comme une « division administrative d’une ville. », qui prend en compte les délimitations urbaines énoncées plus haut.
  • Ensuite comme une « partie d’une ville ayant certaines caractéristiques ou une certaine unité. », cette définition peut prendre en compte le bâtis (nouveau/ancien quartier) ou la population et les commerces présents ( par exemple le quartier de China Town).
  • La dernière définition prend en compte « l’ensemble des habitants du voisinage », c’est-à-dire l’appartenance ou l’unité de voisinage.

Ces trois définitions prennent en compte la vision politique, l’apparence du quartier et l’appartenance du quartier par les habitants. Il ne faut donc pas étudier un quartier comme un objet mais comme une échelle d’analyse en prenant en compte les perceptions internes et externes de celui-ci – « Comptes rendus », Annales de géographie, vol. 657, no. 5, 2007, pp. 548-559. –  Finalement, je pense qu’il existe des quartiers intimes qui n’ont pas d’existence officielle. Il existe souvent une différence entre l’usage d’un mot officiellement et la réalité qu’il est censé décrire.

Finalement, c’est également ces différences de points de vue qui sont intéressantes à apporter dans l’atelier signalétique porté par le CCO et animé par Magalie Rastello. Celui-ci se construit autour de l’élaboration d’une signalétique pour valoriser et faire découvrir le patrimoine naturel et industriel du quartier du Carré de Soie. Cela peut donc s’orienter autour de l’usine TASE, ses alentours ou encore autour des berges du canal du Jonage. Ce ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres. En fait, c’est un projet collaboratif qui reste large et ouvert pour permettre aux participants de le définir et de s’exprimer. C’est ce que nous avons pu faire lors de l’atelier effectuer le 29 Janvier, la suite dans le prochain article…

Article rédigé par Vincent Navarre

2020-04-14T14:37:22+00:00avril 1st, 2020|Categories: Acte II, Journal de terrain d'apprentis anthropologues|0 Comments
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